Traditions picardes

Par Gérard Martel

 

 

 

 

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Proverbes en picard amiénois

 

 

 

 

I n'fœt quë 's solé d'avant-none pur astehir é'b buèe d'in pore orne.
Il ne faut que le soleil du matin (= une matinée de soleil) pour sécher la lessive d'un pauvre. (Pourquoi? Qu'on n'ou­blie pas que, pour que le linge sèche, il fallait d'abord l'étendre sur une haie, ou sur l'herbe, ce qui pouvait prendre beau­coup de temps)

Quan-t on n'aù point d'mémoére, i fœt awér dés ganmes
Quand on n'a pas de mémoire, il faut avoir des jambes

Ivœt miu dés thiots doéts qu' dés croés
Il vaut mieux des petits doigts que des croix. (Dans une maison, il vaut mieux des naissances que des décès)

On n'peut point àrtiré d'frènhe d'in saù a eairbon
On ne peut tirer de la farine d'un sac de charbon. (On se ressent toujours de ses origines: "Tel père, tel fils")

Pin d'pleume i ét bjére
Pain de plume est léger. (On ne peut se nourrir uniquement avec le produit de la chasse au gibier d'eau; encore moins avec celui de la chasse aux petits oiseaux)

ln saù wide i n'tiènt mie' db out
Un sac vide ne tient pas debout. (Quand on ne se nourrit pas assez, on n'est pas solide sur ses jambes


Du brin, ch'ét dl'airjint
Du bren, c'est de l'argent! (les excréments sont précieux pour engraisser la terre... A Berck, à la fin du 1ge siècle, le Maire prend un arrêt réglementant le ramassage des bouses de vaches dans les pâtis communaux !)

Pu qu'ech dhiabe i n-n'aù, pu qu'i veut n-n'awér.
Plus le diable en a, plus il veut en avoir. (il n'y a pas de limites à la cupidité ou à l'ambition)

Ed loin on diroét du brin, ed pré cha n-n'ét
Le sens est: fiez-vous toujours à votre première impression...


Ojordui sint Panehard, edmin sint Tchiard
Se dit à l'occasion d'un bon repas, quand on mange sans retenue... "Saint Panchard" : saint Pansa rd (la "panche", c'est le ventre). Donc: aujourd'hui, c'est la saint Pansard (on s'en met "plein la lampe"), mais demain ce sera la saint... Chiard

ln biènfoét n'ét jamoé pérdu, in malfoét y'ét toujours ramintu.

Un bienfait n'est jamais perdu, un méfait sera toujours rappelé (ou: reproché).

Maù veut, maù viènt.
Mal veut, mal vient... Souhaiter le malheur de quelqu'un, c'est risquer d'attirer une calamité sur soi-même.


On n'peut point :ète pi awér étè.
On ne peut pas être et avoir été. (On n'a qu'une vie, on ne peut revivre le passé)

Tchèche qu'i a foét in boin Jrpaù din s'vie, i n'a point toujours :eu mizère.
Celui qui a fait un bon repas dans sa vie n'a pas toujours été malheureux. (Il faut connaître un moment de bonheur au moins une fois dans sa vie

Ech vint du Nord, au soér i dort.
Le vent du Nord, le soir il dort. (Le vent du Nord s'apaise en fin de journée)

No.é a ch'lu, Paque a ch'fu.
Noël en plein air, Pâques au coin du feu. (Noël au balcon, Pâques aux tisons).

A sinte Agate, dz' échalotes pHn dés gates.
A la sainte Agathe, des échalotes à pleines jattes.

 

A sin-t Onoré, dz'airicotes a Jg gronèe.
A la saint Honoré, des haricots plein les tabliers. (la "gronée" est le contenu du "gran" - cf. en français "giron" -, c'est­à-dire ce qu'on peut porter dans son tablier quand on en relève le bas pour faire une grande poche)


A sint Nicolaù, dz'airings a Jf forche dés braùs.
A la saint Nicolas, des harengs à la force des bras, c'est-à-dire autant que l'on voudra, autant qu'on aura de forces pour relever les cordes ou les filets... C'est au mois de novembre que la saison du hareng atteint son faîte.

1 n-n'aù pour ènne ébe pi in floùt.
Il en a pour un reflux et un flux (le temps que la mer descende et remonte, donc: un bon moment! Se dit à propos de quelqu'un de particulièrement lent)

A chatchin sin pin pi sn' airing.
A chacun son pain et son hareng, à chacun sa part.


Mainje, tu n'sè point tchèche qu'i t'mainjraù !
Mange, tu ne sais pas qui te mangera! (mange, avant que la Mort ne t'attrape !)


Mainje, avale, intique, intasse i ën't'otchupe point d'echti qu'i passe.
Mange, avale, enfonce, entasse (dans ton gosier) ; ne t'occupe pas de celui qui passe.


1 aù pu grands zius qu' granne panche.
Il a les yeux plus grands que 'te ventre.


Mainjé a djeulèes d'vaque.
Manger à gueulées de vache: manger de façon gloutonne, sans prendre le temps de savourer.

Duchmint a ch'beure, ech pin y' ét tère.
Allez-y doucement pour le beurre, le pain est tendre. (Le beurre s'enfonce dans le pain mou, on ne peut pas l'étaler, les gourmands en profitent pour en manger immodérément)

Ch' é-t in moùniœ pou ch' caùt.
C'est un petit oiseau pour le chat... Se dit de quelqu'un qui paraît très affaibli, et que la mort va emporter.


1 foét dés zius corne in caùt qu'i tchi din chés brèses.
Il fait les yeux comme un chat qui fait ses besoins dans les braises (les cendres encore brûlantes) de l'âtre... Se dit de quelqu'un qui, sous l'emprise de la passion ou de la colère, a les yeux exorbités et brillants.


1 dœrmiroét sin tchu din Jï iœ.
Il dormirait le cul dans l'eau (n'importe où, en n'importes quelles circonstances)

Ch' é-t in wèpe a tchu ganne.
C'est une guêpe, c'est-à-dire un gamin espiègle, voire malfaisant, qui joue des tours pendables. (à Berck, "wèpe" signi­fie à la fois "guêpe" et "garnement", "voyou", mais "wèpe a tchu ganne - à cul jaune - désigne bien l'insecte).

Tranné corne in tchièn sans poèlhs.
Trembler comme un chien sans poils.

J'ènme otant deu-z ùs qu'ènne pionne.
J'aime autant deux oeufs qu'une prune... Deux sens possibles:
1) Je n'ai pas de préférence: deux oeufs ne valent pas beaucoup plus qu'une prune;
2) je préfère quand même ceci à cela ("deux oeufs" à "une prune", par exemple: même si la différence n'est pas grande, elle existe). .


 Canté pi décanté.
Chanter et déchanter... En français: Tel qui rit vendredi...


Airjint, qu't'aù d'forche !
Argent, comme tu es puissant!