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Abbaye de Saint Amand

 

 

 

     

Le premier texte picard: La Séquence de Sainte Eulalie (881)

Document transmis par Gérard Martel (80)


Le plus texte littéraire connu écrit en langue d'oïl date de l'époque carolingien­ne (881) et appartenait à l'Abbaye de St Amand dans le Nord. C'est un poème religieux, la Séquence de sainte Eulalie. Un examen attentif permet de constater que ces vers sont écrits en picard, ou du moins, ce qu'on pourrait appeler le proto-picard. Notre langue existait donc déjà il y a plus de onze siècles.
 

 Transcription

 Le martyre de sainte Eulalie

 

 

Buona pulcella fut Eulalia.
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimi,
Voldrent la faire diaule servir.
Elle no'nt eskoltet les mals conselliers
Qu'elle De o raneiet, chi maent sus en ciel,
Ne por or ned argent ne paramenz
Por manatce regiel ne preiement.
Niule cose non la pouret omque pleier
La polle sempre non amast lo Deo menestier.
E por o fut presentede Maximiien,
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il li enortet, dont lei nonque chielt,
Qued elle fuiet lo nom chrest iien.
Ell'ent adunet lo suon element:
Melz sostendreiet les empedementz
Qu'elle perdesse sa virginitét;
Por os furet morte a grand honestét.
Enz enl fou lo getterent com arde tost.
Elle colpes non avret, por o nos coist.
A czo nos voldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roveret tolir lo chieef.
La domnizelle celle kose non contredist:
Volt lo seule lazsier, si ruovet Krist.
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued auuisset de nos Christus mercit
Post la mort et a lui nos laist venir

 

Par souue clementia.


La jeune Eulalie était un modèle de perfection, elle avait un beau corps, une âme plus belle encore. Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre, ils voulurent la faire servir le diable. Mais elle n'écouta pas les mauvais conseillers qui l'engageaient à renier Dieu dont le séjour est dans les cieux. Ni l'or, ni l'argent, ni les parures, ni les menaces du roi, ni les prières, rien ne peut amener la noble enfant à cesser d'aimer le service de Dieu.              .
On la conduisit donc devant Maximien qui régnait en ce temps-là sur les païens. Il l'exhorte, en vain, à déserter la cause du Christ et à adorer son faux dieu [ou: aussi endure-t-elle le supplice du feu]. Elle supporterait plutôt les sup­plices que de perdre la pureté de son âme. C'est pourquoi elle subit une mort glorieuse. On la jeta dans le feu pour la brûler promptement. Elle n'avait commis aucun péché, c'est pourquoi elle ne se consuma pas.
Le roi païen ne voulut pas s'y résigner: il ordonna de lui trancher la tête avec une épée. La noble fille ne s'y refu­sa pas, elle voulait quitter le monde et elle en supplie le Christ. Sous la forme d'une colombe, elle s'envola au ciel. Prions­la tous, afin qu'elle daigne intercéder pour nous et que le Christ nous prenne en pitié, après la mort, et nous laisse venir à lui, dans sa miséricorde

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