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Marie Groëtte, c'est la sorcière qui hante les rivières de
l’Artois.
Marie Groette est toujours représentée, dans l'imaginaire, par
une personne hideuse, faite pour effrayer grands et petits. Sa face est celle
d'une tête de mort où une mince peau parcheminée et cadavérique épouse les creux
des orbites vides au regard fixe, les formes du nez, dont le cartilage est déjà
rongé, cependant que ses mâchoires édentées claquent parfois dans le vent. Vêtue
comme les dames âgées d'autrefois, de "coterons" noirs et sombre, d'un "caracot"
de même teinte et d'un grand tablier noué à la ceinture, c'est au fond la mort
personnifiée dans la tenue des gens de chez nous. Mais, fait étrange, cette
silhouette macabre porte parfois un joli voile clair, laiteux flottant loin
derrière elle, même en l'absence de vent. La beauté de ce voile aérien contraste
violemment avec le personnage et crée une sorte de malaise.
Le soir, quand la nuit tombe, elle rôde le long des berges, les pieds dans
l'eau, une touffe de joncs à la main, se cachant près des aulnes ou des racines
des vieux saules. Son rire mauvais éclate de temps à autre, semblable à s'y
méprendre au cri de la poule d'eau, pendant que son joli voile flotte loin, très
loin derrière elle. Elle est partout à la fois et guette l'enfant imprudent qui
s'approchera trop de la rivière, ou qui, subjugué par ce voile blanc, sera
désireux de le saisir. S'il se penche, vite elle l'attrapera et l'emmènera dans
son antre. Toute la nuit on l'entendra rire au dépend de sa victime que l'on
retrouvera le lendemain, morte simplement de peur, les mains crispées, comme si
dans un dernier geste, elle avait voulu emporter avec elle un morceau de ce
voile si étrange et si merveilleux, qui ressemble à la brume montant du sol, le
soir.
Une nuit de la fête de saint Jean Baptiste, il y a très longtemps
de cela, à l'heure où l'on venait, selon la coutume puiser de l'eau à la
rivière, quelqu'un, menacé par Marie Groette, fit sur elle le signe de la croix
avec de l'eau de Saint Jean ; Marie Groette bascula, déséquilibrée par ce signe
de Dieu qu'on lui jetait à la tête, et son pied sortit de l'eau; ce fut la seule
fois que l'on vit un pied de Marie Groette. C'était, dit-on, un pied fourchu et,
dès qu'il fut hors de l'eau, une flamme couleur de soufre l'entoura. Depuis
cette époque, Marie Groette ne rôde plus jamais chez nous la nuit de la saint
Jean.
LÉGENDE DE MARIE GROËTTE
C'est une très ancienne légende que l'on se
raconte à Houdain ; on n'en retrouve pas l'origine, mais le sens en est très
simple. Marie Groëtte, c'est la sorcière de nos rivières, elle hante aussi bien
les bords de la Lawe que ceux de son affluent, la Blanche. Ô ce n'est pas une
ondine au corps simple et gracieux, Houdain est trop loin de la mer pour que ses
divinités, bonnes ou mauvaises, aient un lien avec les poissons filant dans
l'onde. Marie Groëtte, au contraire, est toujours représentée dans l'imagerie
populaire sous les traits d'une personne hideuse, faite pour effrayer grands et
petits. Sa face est celle d'une tête de mort où une mince peau parcheminée et
cadavérique épouse les creux des orbites vides au regard fixe, les formes du
nez, dont le cartilage est déjà rongé, cependant que ses mâchoires édentées
claquent parfois dans le vent. Mais, fait étrange, cette silhouette macabre
porte parfois un joli voile clair, laiteux, flottant loin derrière elle, même en
l'absence de vent. La beauté de ce voile contraste violemment avec le personnage
et crée une sorte de malaise.
Le soir, quand la nuit tombe, elle rôde le long
des berges, les pieds dans l'eau, une touffe de joncs à la main, se cachant près
des aulnes ou des racines des vieux saules. Son rire mauvais éclate de temps à
autre, semblable à s'y méprendre au cri de la poule d'eau ; cependant que son
voile, son joli voile, flotte loin, très loin derrière elle. Elle est partout à
la fois et guette l'enfant imprudent qui s'approchera trop de la rivière ou qui,
subjugué par ce voile blanc, sera désireux de le saisir. S'il se penche, vite
elle l'attrapera et l'emmènera dans son antre. Toute la nuit on l'entendra rire
aux dépens de sa victime que l'on retrouvera le lendemain, morte simplement de
peur, les mains crispées, comme si dans un dernier geste, elle avait voulu
emporter avec elle un morceau de ce voile si étrange et si merveilleux, qui
ressemble tant à la brume montant du sol, le soir. Qui ne se souvient du cri de
sa mère : " ne va pas à la rivière, Marie Groëtte va t'emmener ! ".
Une nuit de
la fête de la St Jean Baptiste, patron de la paroisse, il y a très longtemps de
cela, à l'heure où l'on venait, selon la coutume, puiser de l'eau à la rivière,
quelqu'un menacé par Marie Groëtte, fit sur elle le signe de la croix avec de
l'eau de la St Jean ; Marie Groëtte bascula, déséquilibrée par ce signe de Dieu
qu'on lui jetait à la tête et son pied sortit de l'eau, la seule fois où l'on
vit un pied de Marie Groëtte ; c'était, dit-on, un pied fourchu et, dès qu'il
fut hors de l'eau, une flamme couleur de soufre l'entoura. Depuis cette époque,
marie Groëtte ne rôde plus jamais par chez nous la nuit de la Saint Jean. Cette
légende se raconte encore beaucoup, bien qu'elle ait moins d'attrait
qu'autrefois ; les jeunes sont moins sensibles à ces récits et puis
l'installation de l'eau courante à HOUDAIN a permis de supprimer tous les
abreuvoirs où, le soir, les bêtes venaient boire et où les enfants aimaient à
faire des ricochets. Mais la vielle chanson, sur l'air d'une comptine ancienne :
Pétits enfants, Soyez prudents. Marie Groëtte Ché ein' sal' bête, Elle est
muchée près del' rivière Si ett prind, fais vit' ét prière… Al t'emméro Passant
dans l'iau Ach'' confluent Adé, Parents Té s'ras noyé din chel' rivière In
n'pourro pus qu'dir' ein' prière. Reste très connue et le soir, à la brume, on
trouve encore des enfants qui, des ponts, guettent pour voir passer Marie
Groëtte et son jolie voile.
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