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Pierre
Dubois
et
sa
fille
Marie
Anne,
habitants
de
Nempont-Saint-Firmin
en
Artois
(Pas-de-Calais),
sont
accusés
de
crime
de
pointage
en
Picardie.
Ces
deux
prisonniers
sont
d’abord
condamnés
à
la
déportation
en
Louisiane
mais
de
nouveaux
ordres
changent
leur
destination
pour
Québec.
Le
registre
des
malades
de
l’Hôtel-Dieu
de
Québec
ainsi
que
son
acte
de
sépulture
attribuent
à
Pierre
Dubois
la
profession
de
faux
saulnier.
Rénald
Lessard
souligne
que
les
frais
d’hospitalisation
des
faux
sauniers
étant
à
la
charge
du
roi,
il
était
important
que
les
religieuses
hospitalières
notent
précisément
à
côté
du
nom,
de
l’âge
et
de
la
provenance,
le
statut
du
malade
.
Il
semble
fort
probable
que
Marie
Anne
fut
également
une
faux
saunière
puisqu’elle
subit
le
même
sort
que
son
père.
Le
faux
saunage
Le
sel
est
une
denrée
indispensable
à
la
conservation
de
beaucoup
d’aliments.
Sous
l'Ancien
Régime,
la
vente
du
sel
devient
monopole
d’État
et
fait
l’objet
d’un
impôt
spécifique,
la
gabelle.
La
particularité
de
cette
taxe,
c’est
l’inégalité
géographique
de
sa
perception;
certaines
provinces
en
sont
exemptées
alors
que
d’autres
paient
la
taxe
à
son
taux
le
plus
élevé,
soit
20
fois
la
valeur
du
sel.
Une
telle
différence
de
prix
ne
pouvait
que
favoriser
la
fraude
et
la
contrebande,
c’est-à-dire
le
faux
saunage.
La
rivière
de
l’Authie,
limite
naturelle
entre
la
Somme
et
le
Pas-de-Calais,
servait
de
frontière
entre
l’Artois,
où
le
commerce
du
sel
était
libre,
et
la
Picardie,
où
le
sel
était
fortement
taxé.
Un
pont
d’à
peine
quatre
mètres,
séparait
Nempont-Saint-Firmin
(Artois)
de
Nampont-Saint-Martin
(Picardie),
où
se
trouvait
le
poste
douanier
pour
la
gabelle.
La
différence
d’imposition
entre
l’Artois
et
la
Picardie
favorisait
la
contrebande.
Ainsi,
pour
rendre
plus
difficile
le
transport
entre
les
deux
pays,
il
y
avait
une
zone
de
trois
à
cinq
lieues
de
large
le
long
de
la
frontière,
où
la
consommation
de
sel
était
strictement
mesurée.
La
sévérité
des
peines
semble
disproportionnée
pour
la
répression
de
délits
–
considérés
par
la
plupart
des
gens
–
fort
peu
graves.
Pour
la
contrebande
à
pied
et
sans
armes,
le
faux
saunier
était
condamné
à
200
livres
d'amende;
pour
non-paiement,
la
peine
était
convertie
en
celle
du
fouet
et
de
la
marque
«
G
»
au
fer
rouge,
servant
à
constater
la
récidive,
laquelle
était
punie
de
six
ans
de
galères
et
de
300
livres
d’amende.
Pour
la
contrebande
avec
l’aide
de
chevaux,
la
peine
était
de
300
livres
ou
trois
ans
de
galères,
puis
en
cas
de
récidive,
de
400
livres
d’amende
et
de
neuf
ans
de
galères.
Pour
les
faux
sauniers
attroupés
au
nombre
d’au
moins
trois
et
armés,
une
amende
de
500
livres
et
neuf
années
de
galères
étaient
imposées
pour
une
première
fois
et
la
peine
de
mort
en
cas
de
récidive.
Dès
1665,
on
propose
déjà
d’envoyer
une
partie
des
faux
sauniers
qui
ont
été
condamnés
aux
galères,
vers
les
colonies
mais
ce
n’est
qu’en
1730
que
le
Canada
reçoit
ses
premiers
faux
sauniers.
Rénald
Lessard
a
relevé
une
liste
nominative
de
729
noms
–
dans
laquelle
se
retrouve
le
nom
de
Pierre
Dubois
–
à
partir
des
registres
des
malades
de
l’Hôtel-Dieu
de
Québec,
des
archives
notariales
et
des
listes
de
faux
sauniers
dressées
en
France,
dont
certains
ne
se
sont
jamais
rendus
au
Canada
.
Entre
1730
et
1743,
on
évalue
à
585
le
nombre
de
faux
sauniers
et
contrebandiers
qui
ont
été
déportés
au
Canada.
Bien
qu’environ
une
douzaine
soient
déjà
mariés
–
certains
font
venir
leur
famille
de
France
–
la
plupart
sont
de
jeunes
hommes
célibataires
de
28
ans
en
moyenne.
On
ne
peut
identifier
dans
les
archives,
qu’une
centaine
de
faux
sauniers
qui
se
sont
mariés
en
Nouvelle-France,
dont
moins
du
quart
aurait
laissé
une
descendance
jusqu’à
ce
jour
.
Aucune
femme
n’a
été
recensée
parmi
les
faux
sauniers
déportés
en
Nouvelle-France.
Pourtant,
les
femmes
se
livraient
également
au
faux
saunage,
mais
les
peines
auxquelles
elles
s’exposaient
étaient
moins
sévères
que
celles
qui
frappaient
les
hommes
.
Elles
ne
risquaient
qu’une
amende
ou
l’emprisonnement,
et
en
cas
de
récidive,
la
peine
du
fouet
qui
n’était
pas
toujours
appliquée;
la
coutume
voulait
même
que
les
faux
saunières
enceintes
soient
libérées.
Certaines
font
du
faux
saunage
leur
profession,
mais
la
plupart
ne
s’adonnent
à
ce
trafic
qu’occasionnellement,
pour
échapper
à
la
misère.
Elles
ne
transportent
que
de
faibles
charges
de
sel,
cachées
dans
un
panier,
sous
une
coiffe
ou
sous
leurs
jupes.
Le
faux
saunage
féminin
s’était
tellement
accru
dans
certaines
régions
vers
la
fin
du
XVIIIe
siècle
que
plus
de
femmes
que
d’hommes
furent
arrêtées.
Marie
Anne
Dubois
serait-elle
l’unique
faux
saunière
déportée
en
Nouvelle-France
?
Le
crime
de
pointage
(depointage)
L’interrogation
de
la
base
de
données
des
Archives
coloniales
avec
le
mot
clé
pointage
n’a
permis
de
retracer
qu’une
seule
référence
au
sujet
de
Jean
Lescouvé,
ses
deux
fils
et
son
frère,
condamnés
à
passer
au
Canada
pour
«
crime
de
pointage
»
en
1733,
mais
qui
ont
été
retenus
en
France.
Dans
une
lettre
à
messieurs
de
Beauharnois
et
Hocquart
datée
du
19
mai
1733
concernant
ces
mêmes
individus,
le
ministre
écrit
:
"ils
ont
été
condamnés
a
cette
destination
pour
avoir
voulu
au
prejudice
d’un
arrest
du
Conseil
du
25
mars
1724,
Se
maintenir
par
force
dans
leurs
Baux,
et
avoir
usé
de
violence
contre
les
nouveaux
preneurs.
ce
delit
qu’on
appelle
depointage
n’empesche
point
qu’ils
ne
puissent
estre
utilement
employé
dans
la
Colonie".
Une
autre
lettre
du
ministre
datée
du
19
avril
1735,
recommande
à
messieurs
de
Beauharnois
et
Hocquart
de
ne
pas
permettre
aux
faux
sauniers,
contrebandiers,
«
de
même
que
pour
les
depointeurs
de
picardie
»
qui
sont
transférés
dans
la
Colonie,
de
repasser
en
France
sous
quelque
prétexte
que
ce
soit.
Il
s’agit
donc
bien
d’un
crime
pour
depointage
–
en
un
seul
mot
–
comme
on
peut
le
constater
dans
les
documents
originaux.
A
cause
des
nombreuses
guerres,
les
propriétaires
des
terres
situées
sur
les
frontières
de
Picardie
se
sont
réfugiés
dans
leur
résidence
en
ville.
Avec
le
temps,
les
fermiers
qui
croyaient
avoir
acquis
les
baux
détenus
par
leur
famille
depuis
plusieurs
générations,
ont
considéré
leurs
fermages
comme
de
véritables
patrimoines,
les
vendant
devant
notaires,
les
donnant
en
mariage
à
leurs
enfants,
les
partageant
en
succession
au
préjudice
des
véritables
propriétaires.
Lorsque
les
propriétaires
entreprirent
d’augmenter
leurs
redevances
ou
de
changer
de
fermiers,
ils
s’exposèrent
à
des
actes
de
violence,
sur
leur
personne
ou
leurs
biens.
Les
fermiers
qui
croyaient
être
dépossédés
de
leurs
droits
ne
manquaient
pas
de
se
venger,
par
meurtres
ou
incendies.
Le
25
mars
1724
,
le
roi
Louis
ordonne
au
sieur
Chauvelin,
intendant
de
justice
en
Picardie
et
Artois,
et
aux
officiers
du
Bailliage
et
Siège
Présidial
d’Amiens
de
faire
exécuter
les
articles
du
présent
arrêt.
Tous
les
fermiers
«
qui
jouissent
sans
baux
par
écrit
»
ou
qui
ne
les
auraient
pas
fait
renouveler
à
leur
expiration,
sont
tenus
d’en
abandonner
l’exploitation
aux
véritables
propriétaires,
sans
quoi
ils
seront
arrêtés
et
emprisonnés
avec
leur
femme
et
leurs
enfants,
demeurant
avec
eux
ou
dans
le
même
village,
et
seront
condamnés
à
être
transférés
aux
Colonies.
Pierre
Dubois
et
sa
fille
Marie
Anne
étaient
sans
doute
des
depointeurs
qui
ont
été
punis
suivant
la
rigueur
des
Ordonnances.
Par
conséquent,
il
est
certain
que
Marie
Anne
Dubois
et
son
père
n’ont
pas
été
déportés
pour
crime
de
faux
saunage.
Cela
n’exclut
pas
la
possibilité
qu’ils
aient
pratiqué
le
faux
saunage
à
l’occasion,
puisque
dans
les
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