Cha s’pass à Nœux les Mines, un jour ed’marqué*, du timps* où
B. B. livrot* cor du carbon* et Mme D, curieusse* comm’ inne maguette* ténot*
ch’bistrot- PMU su’l plachs* ed l’églisse* où s’ténot l’vendredi matin,
ch’marqué.
Donc, in jour ed’marqué, v’là ti pas qu’un neg, vindeux ed’
bricol’s y rintre* d’in ch’bistrot pour s’baller* inne bière d’in sin
gausiau*.
- Bonjour monsieur, lui dit la patronne, que désirez-vous ?
-Un bon demi.
Et, tout in l’ravisant* bin, all’armarque* qu’ech’neg y a sin
bout d’nez tout blanc.
- Ah, et bien c’est extraordinaire, vous êtes noir et vous avez
le bout de votre nez tout blanc. Dit la patronne.
- C’est tout à fait normal, là où je suis né, tous les hommes de la tribu ont
la même particularité. Tous, nous avons le bout du nez tout blanc, répond le
client.
- Ah, ben ça ! On apprend tous les jours.
Quèques* s’maines pu tard, v’là t’y pas d’nouviau*, qu’un neg
demand’ in d’mi à ch’café PMU ? Ch’coup chi, y a s’in lob d’orelle* tout blanc.
Et l’curieusse ed’ d’minder :
- Ah, et bien, c’est extraordinaire. Vous êtes noir et vous avez le bout de
votre oreille tout blanc !
- C’est tout à fait normal, là où je suis né, tous les hommes de la tribu ont
la même particularité. Tous, nous avons le lobe de l’oreille tout blanc, répond
ch’neg.
- Ah, ben ça ! En v’là cor* une !
A quinz’ jours ed là, v’là t’y pas qu’un bonhomme tout noir
y’arvient boire un d’mi à ch’PMU. Et là, y’a l’bout d’sin p’tit dogt* tout
blanc. El’curieusse ed madam D. a l’a armarqué et s’in va l’y
dire :
- Ah, cette fois je ne suis plus étonnée. Vous, monsieur, vous êtes noir et
vous faites partie d’une tribu d’Afrique où tous les hommes de la tribu ont le
bout du petit doigt tout blanc. Vous voyez, je m’y connaît.
Ech’bonhomme tout artourné*, l’ravisse* d’un drol d’oeul* et
l’y dit :
- Ah non m’pétite dam’, j’en’sus pon un neg, j’traval pour B. B. , j’liv du
carbon et j’viens d’aller à mon Germaine, là just’ à côté !
Pour mémoire et s’instruire :
Quelques PRÉCISIONS
Pour les non-initiés au patois, je me réfère au livre de Guy
DUBOIS : " 2000 mots du patois de chez nous ", auquel j’emprunte ces quelques
lignes de sa préface :
" Notre langage oral … plonge ses racines dans notre passé et
porte les traces de nombreuses influences que notre région a pu connaître :
(invasions celte, romaine, francque, etc.,…) ainsi que des coutumes, des
habitudes locales, ou des évènements qui ont marqué nos communes, (exemple :
recrutement des mineurs belges au siècle dernier dans les charbonnages).
Afin de ne pas m’égarer dans la recherche de nos mots patois,
je me suis rapproché de quelques écrivains locaux qui nous ont laissé des
écrits. Il s’agit d’Anselme FRÉMICOURT, chansonnier lillérois qui faisait la
joie de ses compatriotes avant 1914, de Marius LATEUR, poète auchellois qui nous
a laissé des œuvres comme : " Au pays noir ", " Roses minières "
et un lexique patois en 1951 ; d’Abel PENTEL de Bruay-en-Artois, auteur, entre
autres, d’un recueil de poèmes intitulé " Bluettes au pays noir ", en
1929 ; et de P. BARRAS de Liévin, qui a publié en 1927, " Récits et
Souvenirs "…
Le patois étant un langage oral avant tout, la principale
difficulté à laquelle on se heurte est, pour l’auteur, de l’écrire, et pour le
lecteur, de le lire. Je pense que pour la compréhension et, à cause de l’origine
traditionnelle de notre parler populaire, il faut rester le pus près possible de
la langue française : puisqu’on écrit " chapeau " (du latin " caput " : tête),
il est logique d’écrire en patois " capieau " et non " kapio ". Quant à la
prononciation, chacun sait qu’elle est différente d’un village à un autre. Je ne
me suis donc pas préoccupé de phonétique : chacun prononce son patois comme il
l’a appris, suivant les intonations locales. Le principal est de se comprendre
entre voisins ! …
Avant d’vous laicher, pindant qu’j’y sus, … y’a pas
d’traduction à ch és proverpes ni à chés poèmes : ch’arot été trop simpe pour
vous ! In life, ch’est fait pour apprinte et arténir : d’mandez à chés gosses
qui vont à l’école, i sont au courant ! Et pour arténir, i faut faire in
effort : alors, in consel ! Si vous n’comperdez pas inne phrase, lijez tout haut
in cop, deux cops, et réfléchissez inne zique. Vous allez vir : ch’est plein bon
sins : el’bon sins ed nou z’anciens ! "
D’après la Préface de Guy DUBOIS in " 2000 mots du patois de
chez nous " Novembre 1981.
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