FOURMIES - Mai 1891

 

 

  

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 LES FIANCES DU NORD

  LES MARTYRS DE FOURMIES

I

Ils étaient du même village,
Ils s'aimaient tous deux tendrement.
De s'unir par le mariage,
Tous deux s'étaient fait le serment.
Le Gars, travailleur énergique
Comme son père était mineur ;
Elle, ouvrière de fabrique,
Pour tout bien n'avait que l'honneur.

 

"Elle était jeune et belle ;
Il était grand et fort ;
Chacun se les rappelle
Les Fiancés du Nord". (bis)

 

II

Quand ils passaient devant l'Eglise,
Tous les deux relevaient leurs fronts.
Lui, murmurait à sa promise :
"C'est là que nous nous marierons"
-"Si tu veux, Pierre, ajoutait-elle,
"Ce sera pour le mois de Mai ;
"Mois où la nature est belle,
"Où tout dans l'air est embaumé".

 

Si tu veux, disait Pierre,
En l'embrassant bien fort !
Qu'ils étaient beaux naguère,
Les Fiancés du Nord !

 

III

Avril vit la fin de leur rêve,
Adieu, les beaux jours sont finis !
Voici, soudain, qu'un vent de grève
A soufflé sur tout le pays !
L'homme, l'enfant, même la femme,
Fatigués de trop durs labeurs,
S'arrêtent, et chacun réclame
Les justes droits des travailleurs.
Dans ces jours de tristesse
Que leur importe l'or ?
L'amour est la richesse
Des Fiancés du Nord !

 

IV

 

Il rayonnait comme une aurore,
Le premier jour du mois des fleurs ;
Ce jour où la France déplore
Le plus grand de tous les malheurs !
Devant l'église, dans la foule
Ils étaient dans les premiers rangs !
La poudre parle ! le sang coule !
Et tous deux tombent expirants !

 

O sinistre hécatombe
Que chacun pleure encor,
Les voilà dans la tombe,
Les Fiancés du Nord !

 

V

 

Le lendemain, la foule entière,
Suivant les parents en grand deuil,
Accompagnait au cimetière
Ceux qu'avait unis le cercueil.
Les pinsons à la voix sonore
Roucoulaient des sons éclatants,
Et partout on voyait éclore,
Les premières fleurs du printemps !

 

Elle était jeune et belle ;
Il était grand et fort.
Chacun se les rappelle,
Les Fiancés du Nord.

Créée par Marius RICHARD

à la Scala

 

Paroles de René ESSE

Musique de Gaston MAQUIS

I

Dans la commune, c'était fête
Et tous les braves travailleurs
Chantaient gaiement la chansonnette
Buvant le vin des trois couleurs
Lorsque sur la place un bruit d'armes
Interrompant leurs gais festins
Vint tout à coup jeter l'alarme
Avec l'ordre : Rompez, mutins

 

REFRAIN

 

Sans craindre la menace
Les braves travailleurs
Au milieu de la place
Se partageaient les fleurs
Le cœur plein d'allégresse
Ils chantèrent toujours
La grande Marseillaise
L'hymne de nos amours.

 

II

Quand, aveuglé par la colère
On crie : en joue ! Lorsque soudain
Un soldat aperçoit sa mère
Défaillante, sur le chemin
"Non, dit-il, la face blêmie
Je ne puis, ah ! pardonnez-moi
Je ne puis retirer la vie
A celle à qui mon cœur la doit".

 

REFRAIN

 

Alors, plein de tendresse
L'enfant, le cœur meurtri
De sa mère en détresse
Baisa le front pâli
D'effroi presque mourante
Oubliant sa douleur
Sous sa main caressante
Le pressa sur son cœur.

 

 III

 

Pendant la fête, sur la place
Au milieu des rires et des chants
Deux jeunes filles avec grâce
Distribuaient des fleurs des champs
Lorsque soudain sifflent les balles
Qui les frappent de tous côtés
Aussitôt tombent sur la dalle
Ces martyrs de la liberté.

 

REFRAIN

 

Enfants aux lèvres roses
A l'aube d'un beau jour
Comme de jeunes roses
Meurent pleines d'amour
Allez, jeunes fillettes
Ah ! vous pouvez dormir
Nous garderons pauvrettes
Votre doux souvenir.

 

IV

 

A flots le sang rougit la terre
Mais fort heureusement
Soudain on vit sortir du presbytère
Le bon curé, le christ en main
Grâce ! c'est assez de victimes
S'écrie le prêtre frémissant
Frapper son frère est un grand crime
Cessez le feu, mes chers enfants.

 

REFRAIN

 

Français, nous sommes frères
Sachons donc nous chérir
Gardons pour nos frontières
Le plomb qui fait mourir.
Quand les fils d'Allemagne
Comme des loups viendront
Menacer la Champagne
Là, nous nous vengerons.

 

 

CVT - Février 2005  © Nouzautes