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de Fourmies

 

FOURMIES - Mai 1891

 

"Des ouvriers se sont énervés et ont lancé des pierres, ont essayé de forcer le barrage pour aller jusqu'à la mairie réclamer les prisonniers. Le commandant leur a ordonné de reculer et a menacé de faire feu s'ils ne cessaient pas. Ils ne l'ont pas écouté, l'ont insulté. Et puis, je ne sais pas... Il y a eu une bousculade... Je me souviens qu'il y avait Maria, près de moi, qui jouait avec son mai*... J'ai réussi à reculer, je me suis retrouvée près de Rosa... Et d'un seul coup, ils ont tiré... Ils ont tiré alors que la place était pleine de monde, et dans la foule il y avait des femmes, des enfants..." 

 

Extrait de "La Courée" de M.P. Armand

(bibliothèque privée de CVT)

 

 

* Mai : Rameau d'aubépine. Dès le Moyen-Age, le 1er Mai était fêté dans les campagnes et la coutume voulait qu'un arbre de Mai -arbre vert enrubanné- soit planté devant la porte de la personne à honorer dans le village. Ce jour de fête était par excellence un symbole de renouveau. Le 1er Mai était aussi la date traditionnelle du renouvellement des baux ou des contrats de travail.

Texte et photos ci-dessous : "Le Nord Autrefois" d'Alain Coursier (Ed. Horvath)
(bibliothèque privée de CVT)

 

FOURMIES

 


A l'autre extrémité du département, Fourmies, est une ville qui ne ressemble à aucune autre. Ici tout est différent. Ainsi, plus question de plat pays : le relief est accidenté, les vallées sont profondes, les forêts nombreuses. Plus question non plus de cultures traditionnelles comme la betterave ou le blé. Les prairies dominent; avec leurs nombreux pommiers, elles ressemblent à celles de Normandie.

Pas de mines de charbon, ni de minerais de fer au milieu de ces fagnes. Pourtant, Fourmies, dans son cadre verdoyant, est quand même un centre industriel en pleine expansion. C'est une vaste agglomération qui, avec sa voisine Wignehies, atteint déjà près de vingt mille habitants.

 



Pourquoi un tel développement ?


Les forêts qui ceinturent la ville sont l'une des explications. Le bois permet d'alimenter les forges et il sert aussi largement à l'industrie verrière. Le premier établissement s'installa en 1620 et, en ce début du vingtième siècle, deux importantes verreries contribuent à la prospérité de la ville. On y fabrique deux sortes de verrerie : la verrerie dite "noire", produite exclusivement pour les bouteilles de champagne (huit millions par an) et la verrerie dite "blanche", destinée au flaconnage.

La travail dans ces usines y est pénible. Près des forges, la chaleur de l'air est à peine supportable et la plupart des souffleurs de verre, aidés de leurs auxiliaires, façonnent encore les bouteilles à la bouche. En effet, l'emploi de l'air comprimé qui révolutionnera cette industrie, n'en est encore qu'à ses débuts.

La dureté de la tâche n'empêche pas les ouvriers d'être très attachés à leur métier. Fiers de ce qu'ils réalisent, ils sont les premiers à participer aux traditionnels défilés de la mi-carême. Ils confectionnent alors, pour la décoration de leurs chars d'immenses bouteilles, qui font l'admiration de tous.

Cette industrie qui prospéra pendant plusieurs siècles disparaîtra vers 1930, tout comme à Sars Poteries et Trélon, deux petites communes situées non loin de là.

L'année 1823 voit arriver une première filature de laine dans la ville et, en 1910, on en dénombre plus d'une centaine en pleine activité. Fourmies devient alors l'un des grands centres de filature de laines peignées de la région du Nord. Ceci n'est d'ailleurs pas sans poser de problèmes. Cette industrialisation rapide entraîne l'implantation désordonnée d'usines et la construction, tout aussi désordonnée, de grands quartiers ouvriers.


Que de changements pour cette commune qui, voici seulement quelques dizaines d'années, n'était qu'une grande rue tranquille, bordée de quelques maisons aux toits d'ardoises ! Mais Fourmies manifeste un certain dynamisme. Elle ne veut pas laisser sur le côté une partie de la Population. Ainsi, en 1874, sous l'impulsion d'une cinquantaine d'industriels et de négociants, se crée la "société industrielle et commerciale". Son but : faire "progresser l'industrie et le commerce par la communication et les découvertes" sans oublier de "relever la condition morale et matérielle des ouvriers". Un "paternalisme" d'époque qui permit cependant la création d'une école pratique de commerce et d'industrie. Elle accueillait les jeunes gens de la région qui pouvaient ainsi, dans de vastes ateliers, apprendre le métier manuel de leur choix ou s'y perfectionner. Le rôle de cette société ne se limita pas à cela. Jusqu'à la première guerre mondiale, elle permit à des initiatives de voir le jour : ouverture d'un musée, d'une bibliothèque, participation de la région aux expositions universelles, création d'un laboratoire de chimie et, même, financement de l'installation d'un circuit téléphonique entre plusieurs villes du département.

Cependant, Fourmies a aussi son nom lié à d'autres évènements dont certains, comme celui du premier mai 1891, sont particulièrement tragiques.

Le premier mai comme journée de revendication, apparaît, pour la première fois, aux Etats-Unis, en 1884 et est célébré en 1886. Trois ans plus tard, il est introduit en France par Jules Guesde. Cette journée connaît, dans le Nord, une ampleur particulière. Fait normal quand on sait que, dès 1882, le Nord "apparaît déjà comme l'un des points forts du marxisme guesdiste" (P. Pierrard). Les grèves sont de plus en plus importantes : 1884 (à Anzin qui inspirera Germinal à Zola), 1889, 1890.

En Avril 1891, le gendre de Karl Marx, Paul Lafargue, vient dans le Nord : il est là pour préparer la grève du premier mai. Ses discours trouvent un certain écho chez les ouvriers. Mais si la grève est décidée, elle ne fait pas pour autant l'unanimité.

PAUL LAFARGUE (1842 - 1911)

Homme politique - Gendre de Karl Marx, fondateur du Parti Ouvrier Français avec Jules Guesde. Député de Lille de 1885 à 1893. Auteur de divers ouvrages dont "Le Droit à la paresse" en 1883 et le "Programme du parti ouvrier" en collaboration avec Jules Guesde en 1897.



Ainsi, à Fourmies, beaucoup décident d'aller travailler, au moins le matin. Néanmoins, le patronat réagit. Il met "les ouvriers honnêtes en garde contre les théories révolutionnaires". Et en ce matin du premier mai 1891, deux compagnies d'infanterie sont dans la ville. La population, gaie, regarde les soldats avec curiosité, sans animosité. L'ambiance est plutôt gentille. Mais, devant la filature "Sans pareille", les manifestants s'animent et tentent de persuader les fileurs de se joindre à eux. Le lieutenant de gendarmerie Julien fait alors charger la foule. Plusieurs personnes sont arrêtées. L'après-midi, la foule revient et réclame les détenus. Cette fois, c'est le commissaire de police qui intervient. II ordonne la dispersion. En réponse, on jette des pierres sur les policiers.

L'armée occupe alors la place et protège les gendarmes. En face, les manifestants sont de plus en plus nombreux.

 

       

Discours de Culine

 

 



Il est 17h30. L'ambiance est plus chaude, plus agaçante. EIle est loin d'être dramatique. Pourtant, le commandant Chapus, est au comble de l'exaspération. Il ne se contrôle plus et il ordonne de tirer. Sans sommation. Certains soldats ont conscience du drame. Ils tirent en l'air. Mais la majorité vise la foule. Soixante-neuf coups de fusils. Soixante-neuf balles tirées et non des moindres. Des balles Lebel. Leur portée est 2.500 m... La place n'est longue que de 58 m.
Bilan : neuf morts et trente cinq blessés. La journée se terminait dans le sang. Quatre jours plus tard, avaient lieu les funérailles. Trente mille personnes devaient suivre les cercueils. Cette fusillade eut des répercussions importantes sur la vie politique du pays.

 

 

Massacre et Funérailles des victimes

Les victimes :

Emile CORNAILLE : 11 ans
Gustava PESTIAUX : 14 ans
Félicie TONNELIER : 16 ans
Ernestine DIOT: 17 ans
Maria BLONDEAU : 18 ans

Kléber GILOTEAUX : 19 ans
Louise HUBLET : 20 ans
Charles LEROY : 20 ans
Emile SEGAUX : 30 ans

 

 

CVT - Février 2005  © Nouzautes