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FOURMIES
A l'autre extrémité du département, Fourmies, est une ville
qui ne ressemble à aucune autre. Ici tout est différent. Ainsi, plus question de
plat pays : le relief est accidenté, les vallées sont profondes, les forêts
nombreuses. Plus question non plus de cultures traditionnelles comme la
betterave ou le blé. Les prairies dominent; avec leurs nombreux pommiers, elles
ressemblent à celles de Normandie.
Pas de mines de charbon, ni de
minerais de fer au milieu de ces fagnes. Pourtant, Fourmies, dans son cadre
verdoyant, est quand même un centre industriel en pleine expansion. C'est une
vaste agglomération qui, avec sa voisine Wignehies, atteint déjà près de vingt
mille habitants.

Pourquoi un tel développement ?
Les forêts qui ceinturent la ville sont l'une des explications. Le bois
permet d'alimenter les forges et il sert aussi largement à l'industrie verrière.
Le premier établissement s'installa en 1620 et, en ce début du vingtième siècle,
deux importantes verreries contribuent à la prospérité de la ville. On y
fabrique deux sortes de verrerie : la verrerie dite "noire", produite
exclusivement pour les bouteilles de champagne (huit millions par an) et la
verrerie dite "blanche", destinée au flaconnage.
La travail dans ces
usines y est pénible. Près des forges, la chaleur de l'air est à peine
supportable et la plupart des souffleurs de verre, aidés de leurs auxiliaires,
façonnent encore les bouteilles à la bouche. En effet, l'emploi de l'air
comprimé qui révolutionnera cette industrie, n'en est encore qu'à ses
débuts.
La dureté de la tâche n'empêche pas les ouvriers d'être très
attachés à leur métier. Fiers de ce qu'ils réalisent, ils sont les premiers à
participer aux traditionnels défilés de la mi-carême. Ils confectionnent alors,
pour la décoration de leurs chars d'immenses bouteilles, qui font l'admiration
de tous.
Cette industrie qui prospéra pendant plusieurs siècles
disparaîtra vers 1930, tout comme à Sars Poteries et Trélon, deux petites
communes situées non loin de là.
L'année 1823 voit arriver une première
filature de laine dans la ville et, en 1910, on en dénombre plus d'une centaine
en pleine activité. Fourmies devient alors l'un des grands centres de filature
de laines peignées de la région du Nord. Ceci n'est d'ailleurs pas sans poser de
problèmes. Cette industrialisation rapide entraîne l'implantation désordonnée
d'usines et la construction, tout aussi désordonnée, de grands quartiers
ouvriers.
Que de changements pour cette commune qui, voici seulement
quelques dizaines d'années, n'était qu'une grande rue tranquille, bordée de
quelques maisons aux toits d'ardoises ! Mais Fourmies manifeste un certain
dynamisme. Elle ne veut pas laisser sur le côté une partie de la Population.
Ainsi, en 1874, sous l'impulsion d'une cinquantaine d'industriels et de
négociants, se crée la "société industrielle et commerciale". Son but : faire
"progresser l'industrie et le commerce par la communication et les découvertes"
sans oublier de "relever la condition morale et matérielle des ouvriers". Un
"paternalisme" d'époque qui permit cependant la création d'une école pratique de
commerce et d'industrie. Elle accueillait les jeunes gens de la région qui
pouvaient ainsi, dans de vastes ateliers, apprendre le métier manuel de leur
choix ou s'y perfectionner. Le rôle de cette société ne se limita pas à cela.
Jusqu'à la première guerre mondiale, elle permit à des initiatives de voir le
jour : ouverture d'un musée, d'une bibliothèque, participation de la région aux
expositions universelles, création d'un laboratoire de chimie et, même,
financement de l'installation d'un circuit téléphonique entre plusieurs villes
du département.
Cependant, Fourmies a aussi son nom lié à d'autres
évènements dont certains, comme celui du premier mai 1891, sont particulièrement
tragiques.
Le premier mai comme journée de revendication, apparaît, pour
la première fois, aux Etats-Unis, en 1884 et est célébré en 1886. Trois ans plus
tard, il est introduit en France par Jules Guesde. Cette journée connaît, dans
le Nord, une ampleur particulière. Fait normal quand on sait que, dès 1882, le
Nord "apparaît déjà comme l'un des points forts du marxisme guesdiste" (P.
Pierrard). Les grèves sont de plus en plus importantes : 1884 (à Anzin qui
inspirera Germinal à Zola), 1889, 1890.
En Avril 1891, le gendre de Karl
Marx, Paul Lafargue, vient dans le Nord : il est là pour préparer la grève du
premier mai. Ses discours trouvent un certain écho chez les ouvriers. Mais si la
grève est décidée, elle ne fait pas pour autant l'unanimité.
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PAUL LAFARGUE
(1842 - 1911) |
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Homme politique - Gendre de Karl Marx,
fondateur du Parti Ouvrier Français avec Jules Guesde. Député de Lille de
1885 à 1893. Auteur de divers ouvrages dont "Le Droit à la paresse" en
1883
et le "Programme du parti ouvrier" en collaboration avec Jules Guesde en
1897. |
Ainsi, à
Fourmies, beaucoup décident d'aller travailler, au moins le matin. Néanmoins, le
patronat réagit. Il met "les ouvriers honnêtes en garde contre les théories
révolutionnaires". Et en ce matin du premier mai 1891, deux compagnies
d'infanterie sont dans la ville. La population, gaie, regarde les soldats avec
curiosité, sans animosité. L'ambiance est plutôt gentille. Mais, devant la
filature "Sans pareille", les manifestants s'animent et tentent de persuader les
fileurs de se joindre à eux. Le lieutenant de gendarmerie Julien fait alors
charger la foule. Plusieurs personnes sont arrêtées. L'après-midi, la foule
revient et réclame les détenus. Cette fois, c'est le commissaire de police qui
intervient. II ordonne la dispersion. En réponse, on jette des pierres sur les
policiers.
L'armée occupe alors la place et protège les gendarmes. En
face, les manifestants sont de plus en plus nombreux.
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Discours
de
Culine
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Il est 17h30.
L'ambiance est plus chaude, plus agaçante. EIle est loin d'être dramatique.
Pourtant, le commandant Chapus, est au comble de l'exaspération. Il ne se
contrôle plus et il ordonne de tirer. Sans sommation. Certains soldats ont
conscience du drame. Ils tirent en l'air. Mais la majorité vise la foule.
Soixante-neuf coups de fusils. Soixante-neuf balles tirées et non des moindres.
Des balles Lebel. Leur portée est 2.500 m... La place n'est longue que de 58
m. Bilan : neuf morts et trente cinq blessés. La journée se terminait dans le
sang. Quatre jours plus tard, avaient lieu les funérailles. Trente mille
personnes devaient suivre les cercueils. Cette fusillade eut des répercussions
importantes sur la vie politique du pays.
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Massacre
et
Funérailles
des
victimes
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| Les victimes :
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Emile CORNAILLE :
11 ans Gustava
PESTIAUX :
14
ans Félicie TONNELIER : 16 ans Ernestine DIOT: 17 ans Maria
BLONDEAU
: 18
ans |
Kléber
GILOTEAUX :
19 ans Louise
HUBLET
:
20 ans Charles
LEROY :
20
ans Emile SEGAUX : 30 ans |
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